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    Note au sujet des mines de la 24e DI (Neuville st Vaast)

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    lundi 11 mai 2009, par JFW

    Nous vous proposons ce compte rendu sur la situation de la guerre de mines en janvier 1916, dans le secteur nord de Neuville St Vaast ; il est écrit par le Chef de Bataillon Michelier, commandant le Génie de la 24e Division.

    Ce compte rendu est intéressant à plus d’un titre. D’une part, il fait le point sur une zone méconnue. Mais, plus intéressant encore, il décrit les différentes stratégies de la Guerre de Mines dans cette zone en fonction de la situation. On y découvre mines profondes, superficielles dans l’argile, les difficultés rencontrées à cause de roches très dures.

    On y découvre aussi une nouvelle stratégie : la mine anticipée, pour "attaquer l’ennemi par des fourneaux importants, avant qu’il ait eu le temps de se mettre en défense" ; enfin, nous découvrons aussi la notion de "fourneau de représailles", rappelant le vocabulaire de l’artillerie.

    Le compte rendu a été retouché le moins possible afin de lui laisser sa valeur historique. La carte du secteur des mines a été coupée en 4 pour être compréhensible ; les parties apparaissent de l’extrême gauche à l’extrême droite. La carte complète est téléchargeable ici.

    §I exposé d’ensemble de la situation

    Les mines existant dans le secteur actuel de la 24e DI présentent des caractères assez différents suivant leur emplacement.

    Dans l’ancien secteur de la 58e DI (entre les points 56 et 802), les galeries ont, en général, une vingtaine de mètres de longueur et une faible profondeur (4 à 6m).

    Cette disposition adoptée en novembre 1915 par la 58e DI, avait pour objet de créer le plus rapidement possible un grand nombre d’écoutes permettant de menacer ou de surveiller les points les plus importants de la ligne ennemie. (voir lettre de M le Général commandant la 58e DI du 22-12-1915). Elle présente des avantages évidents au point de vue d’une offensive de surface, car le travail dans l’argile qui forme la couche superficielle, est silencieux et rapide ; c’est ainsi, notamment, qu’une galerie a pu être conduite vers le point 567 sous une région occupée ultérieurement par l’ennemi, sans que celui-ci connaisse encore notre présence (voir ci-après §II).

    secteur des mines de la 24DI (partie extrême gauche de la carte) [|secteur des mines de la 24DI (partie extrême gauche de la carte)|]

    Mais elle ne permet pas de soutenir utilement une action souterraine, car elle ne donne pas une profondeur suffisante. Des galeries longues et profondes sont nécessaires en effet pour permettre, soit d’attaquer l’ennemi par des fourneaux importants, avant qu’il ait eu le temps de se mettre en défense, soit de l’attendre et d’arrêter sa progression au moment choisi par le défenseur, en ménageant à ce dernier des lignes de retraite successives.

    Cette disposition est donc gênante pour la défensive car elle oblige à forer des puits pour gagner de la profondeur dès que l’ennemi approche au-dessous du système. Dans l’ancien secteur de la 24e DI (entre les points 802 & 42), les travaux entrepris sont : ou bien de simples postes d’écoute de 4 à 5m de profondeur dans les régions peu menacées ; ou bien des galeries longues et profondes devant atteindre 25 à 30m de longueur et 12 à 18m de profondeur. Cette disposition entraine des travaux plus lents et pus pénibles, mais elle est plus conforme au principe posé ci-dessous qui peut l’énoncer ainsi : rechercher le commandement souterrain par la plus grande profondeur.

    Les travaux actuels tendent à l’application de ce principe sur tout le front de la DI.

    secteur des mines de la 24DI (partie gauche de la carte) [|secteur des mines de la 24DI (partie gauche de la carte)|]

    §II Exposé détaillé de la situation

    2Point 567 ou bastion C2

    galerie d’écoutes construite pour assurer la protection par l’ouïe de notre saillant 858-859. Sa faible profondeur (4 à 5m) ne permettait pas d’y mener efficacement la lutte souterraine. Néanmoins, l’ennemi ayant (décembre 1915) porté sa ligne en avant dans la région du bastion C, l’extrémité de notre écoute se trouve, du fait de cette translation, sensiblement à l’aplomb des organisations adverses. Un fourneau de représailles, à fort indice, pourrait être installé le cas échéant à l’extrémité de cette galerie dont l’ennemi ne soupçonne vraisemblablement pas l’existence.

    2Mine 5642

    Nous avons devant le point 564 de la ligne allemande, un groupement de trois mines dénommées A, B et C. La mine 564A n’est plus susceptible de rendre aucun service et n’est mentionnée que pour mémoire. C’est un système de faible profondeur installé entre les ligne allemande et française, sur le boyau commun (dit de la cote 105). La lutte souterraine s’y est engagée et nous y avons fait partir, en perdant chaque fois du terrain, trois fourneaux successifs (2 déc, 19 déc, 2 jan). Notre dernier camouflet (2 janvier), logé à l’orifice même du système en a ruiné l’entrée et en a consacré l’abandon définitif. Depuis ce dernier acte de la lutte, aucune activité ennemie n’est signalée dans cette zone.

    secteur des mines de la 24DI (partie droite de la carte) [|secteur des mines de la 24DI (partie droite de la carte)|]

    2Mine 564B2

    La mine 564A en raison de son faible enfoncement, ne pouvait entraver sérieusement une progression profonde de l’ennemi. Aussi des galeries B et C ont-elles été ouvertes pour permettre de reprendre la lutte en arrière dans des conditions meilleures ; 564B est une galerie d’attente, qui prend naissance dans notre première ligne, à 25m au sud de son intersection avec le boyau de la cote 105 ; elle a 30m de long.

    2Mine 564C2

    Cette mine n’est qu’amorcée ; elle prend naissance sur le boyau de la cote 105 à 9m en arrière de notre première ligne ; elle doit constituer avec 564B, un système de deux galeries conjuguées permettant d’attendre l’ennemi, et de le contre-attaquer dans de bonnes conditions, s’il prolonge ses galeries au-delà de 564A.

    2Point 8522

    Galerie d’écoutes 16 de longueur 4m de profondeur. Sur sa droite se greffe un court rameau.

    2Point 8502

    Le système d’écoutes comprend, en ce point, une galerie de 16m, affectant en avant la forme d’un T et une sape russe de 12m non coffrée et peu solide, qui lui est parallèle et est située un peu plus au nord.

    2Point 8082

    Les mines nord, sud du boyau Mercier ont pour objet la protection d’un saillant très caractérisé. Elles se détachent fort près l’une de l’autre, de notre première ligne et font entre elles un angle presque droit. Elles ont l’inconvénient déjà signalé de manquer de profondeur (-6, -5), mais elles atteignent la craie. Elles constitueront de bons postes d’écoutes. Aucun indice suspect n’avait été relevé depuis le 29 novembre. Quelques bruits sont signalés depuis le 14 janvier dans la direction du retour qui termine la galerie N. Une décision interviendra prochainement (décision intervenue le 18. Creuser un puits à -10 à l’extrémité de ce retour) suivant le résultat des écoutes en cours.

    secteur des mines de la 24DI (partie extrême droite de la carte) [|secteur des mines de la 24DI (partie extrême droite de la carte)|]

    2Trois maisons2

    Des habitants du pays ont signalé qu’il y a au voisinage des 3 Maisons une marnière d’où les Allemands pourraient être tentés de nous attaquer à grande profondeur (17m), profondeur qu’il est pratiquement impossible de dépasser, car il faudrait attaquer un banc rocheux extrêmement dur. Nous serons en nature d’agir efficacement sur l’ennemi à condition de lui laisser quelque temps l’illusion qu’il nous a mis hors de combat ; à condition aussi de faire un fourneau puissant et de procéder à son chargement avec silence et promptitude.

    2Barricade (35 B1, 37 B2 & B5)2

    Des postes d’écoute de 5m de longueur environ sont établis en ces points ; une surveillance soutenue s’y exerce (ainsi d’ailleurs qu’aux autres barricades où n’existent pas de postes d’écoutes souterraines). Cette surveillance n’a décelé, jusqu’à ce jour, aucune activité souterraine de l’ennemi. Un compte-rendu récent du 108e RI signalait des bruits suspects en face de B2 et donnait des précisions sur les travaux hypothétiques de l’ennemi. De l’enquête qui a été faite parmi les écouteurs du Génie, il semble résulter qu’il y a eu quelque malentendu ou quelque confusion sur ce point (une galerie va être ouverte en arrière de B1). Quoiqu’il en soit, il a été prescrit de redoubler d’attention.

    2Région 41 B6, 42 B72

    Dans la région de 41-42, l’ennemi s’est assuré (sans doute en concentrant des moyens importants) une avance sérieuse sur nous. On doit admettre qu’il s’est logé à grande profondeur sous les barricades (B6-B7) ; les renseignements des déserteurs corroborent à cet égard les déductions tirées des rapports d’écoutes. Aussi l’évacuation de cette tranchée de notre front a-t-elle été jugée nécessaire, et une ligne de secours a-t-elle été ouverte à une soixantaine de mètres en arrière.

    Les travaux de contre-mines entrepris dans la région 41-42 ont pour objectif ont pour objectif essentiel d’arrêter une progression ultérieure de l’ennemi, et de localiser à la première ligne le dommage qu’il semble en mesure de nous faire. Notre réseau de contremines comprendra 4 galeries maitresses (41N 41S) (déjà assez avancées), (42N, 42S) (celles-ci commencées seulement). Sur ces galeries seront branchés des rameaux obliques, disposés de telle sorte que l’ennemi ne puisse s’infiltrer dans le système sans avoir à essuyer le feu d’un fourneau. Cette mission d’arrêt est la seule dont la réalisation puisse être poursuivie.

    L’ennemi s’est assuré sur nous une avance trop nette pour que nous puissions bouleverser ses galeries et l’empêcher de disposer, à la date choisie par lui, de ses fourneaux.

    §III ORDRES REÇUS ET DONNES

    2Ordre d’ensemble2

    Se mettre sans retard en mesure de faire sauter les galeries ennemies (10° Armée 4-1-16)

    2Ordre de détail2

    3galerie 564C (853C)3

    ordres reçus Ouvrir en partant du boyau de la cote 105 en galerie à la pente de 1/2 pour obtenir 10m de profondeur à 20m de distance

    écoutes négatives

    ordres donnés conformes aux ordres reçus

    3mine du boyau Mercier (808)3

    ordres reçus rester en surveillance

    écoutes positives depuis le 16/1. L’ennemi approche dans la direction de la galerie

    ordres donnés Creuser un puits à l’entrée du retour de la galerie nord

    3mine 8023

    ordres reçus Arrêter l’ennemi

    écoutes Ennemi signalé, 1- à gauche à une quinzaine de mètres de notre tête de galerie, 2- en avançant à une distance plus grande L’ennemi s’approche à gauche et parait se trouver dans le rayon d’action d’un fourneau placé en tête de galerie.

    ordres donnés Le 10-1-16 Ouvrir une galerie G2 sur la gauche à 4m de l’entrée. Faire 5m de palier, partir ensuite à 45° en s’enfonçant à la pente 2/3. Continuer en tête pente 1/1 Le 14-1-16 Galerie G2 sans changement. Construire en tête de galerie un puits descendant à la cote -12, charger à 200kg de cheddite

    3Mine 353

    ordres reçus Arrêter l’ennemi écoutes Le 15 décembre, on entend à droite Le 4 janvier, camouflet prématuré de l’ennemi. Mine peu endommagée. Atmosphère irrespirable depuis le 4 janvier

    ordres donnés Exécuter deux retours sur la droite l’un à 20m de l’entrée de la mine, l’autre à l’extrémité. Ventiler énergiquement, dès que cela sera possible, charger à l’extrémité un fourneau de 1200 kg de cheddite

    3Mine 41S3

    ordres reçus Arrêter la progression de l’ennemi au-delà de la 1ère ligne

    écoutes L’ennemi est signalé se dirigeant vers notre première ligne aux environs de B6-41, profondeur 15m environ. Une écoute indique la présence de l’ennemi au voisinage de la première ligne française et sensiblement dans la direction de la galerie 41S.

    ordres donnés Construire 2 galeries divergentes 41S et 41N de part et d’autre du chemin creux, ayant leur origine dans la tranchée de secours. Pousser la galerie principale jusqu’à la zone de rupture, limite du fourneau ennemi supposé. Exécuter de part et d’autre de la galerie centrale deux rameaux inclinés contournant cette zone. Dans le cas où l’ennemi ferait sauter son fourneau et occuperait l’entonnoir, pousser nos galeries sous lui et le faire sauter.

    3Mine 41N3

    ordres reçus Même ordre que 41S

    écoutes Une écoute, douteuse, signale l’ennemi entre 41S et 41N ordres donnés A partir du 20e mètre, dévier à gauche pour échapper au fourneau qui pourrait être fait au point indiqué, redresser ensuite.

    3Mines 42N & S3

    ordres reçus Arrêter la progression de l’ennemi entre B6 et la limite gauche du secteur de la DI

    écoutes Ennemi signalé aux environs de B7 à une quinzaine de mètres de profondeur, sous notre première ligne

    ordres donnés Construire deux galeries partant de la tranchée Collot, orientés sensiblement EO, la 1ère se dirigeant sur B7, la 2e située à 40m au S de la précédente.

    §IV ORGANISATION DES TRAVAUX

    Mines 35- 802 564BC - 808 2 sections du Génie 12/4, auxiliaires d’infanterie

    Mines 41S 41N 42S 42N Pour l’ensemble : 2 sections de Génie 12/52, en outre, la présence de 20 auxiliaires est entretenue sur les chantiers

    §V PROJETS

    Les travaux à exécuter doivent avoir pour but :

    1° de contre-attaquer l’ennemi dans les régions où son approche est signalée.

    2° de se mettre en garde sur le reste du front contre une attaque possible.

    Ce programme doit comprendre, en plus des travaux en cours détaillés ci-dessus :

    1° contre attaques (première urgence) Ouvrir une galerie sur le boyau Denis Laroque en arrière du point 36-B1

    2° Mise en garde (deuxième urgence) Ouvrir une galerie défensive en arrière et à gauche du point 850. Créer un poste d’écoute au point 854 Même travail qu’au point 850 pour le boyau 807-809 à gauche du boyau Mercier Même travail en arrière du point 802. Créer un poste d’écoutes au saillant 801 Ouvrir une galerie défensive dans le retour en arrière du point 37. Même travail au point 38

    (troisième urgence) Ouvrir une galerie défensive au point 857.

    Les travaux indiqués ci-dessus au paragraphe 1° on déjà fait l’objet d’ordres d’exécution. Ceux indiqués ci-dessus au paragraphe 2 seront entrepris successivement dans la mesure du personnel disponible et suivant les résultats d’écoute

    Le 19-01-1916 Le Chef de Bataillon Michelier cdt le Génie 24e Division